Dal 21 marzo al 21 giugno 2016 a Firenze, Roma, Napoli, Palermo, Padova

Les deux réformateurs de l’analyse spectrale

Un peu avant les désastres de la guerre franco-allemande, l’Académie des sciences de Paris dècernait solennellement à MM. Janssens et Norman Lockyer une médaille d’or frappée en l’honneur d0’une grande découverte que ces deux astronomes avaient faite simultanément. En effet, le premier dans l’Inde, le second dans les bureaux du ministère de la guerre, avaient conçu simultanément l’idée d’employer, toutes les fois que le soleil est visible, le spectroscope à l’étude des protubérances aperçues jusque-là dans les éclipses totales, c’est-à-dire, au plus trois ou quatre minutes tous les deux ou trois ans.

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Medaglia attribuita dall’Académie des sciences di Parigi a Janssen e Lockyer congiuntamente nel 1874 per i loro studi sulle protuberanze solari del 1868

Aujourd’hui MM. Janssens et Lockyer appartiennent l’un et l’autre à l’Académie des sciences, le premier en qualité de membre titulaire et le second en qualité de membre correspondant. Lié d’amitié avec ces deux savants, bien avant que l’un et l’autre deviennent célèbres, je dois leur rendre ce témoignage, que jamais le plus léger sentiment de rivalité ne les a divisés. J’ai même été chargé par M. Lockyer d’offrir à son émule ses instruments et sa station, lorsqu’on apprit à Londres qu’il avait forcé le blocus des lignes prussiennes avec l’aérostat le Volta.
La carrière de M. Janssens est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la résumer ici. M. Norman Lockyer est âgé de trente-huit ans seulement. Il est né, en 1836, à Rugby, petite ville du centre de l’Angleterre, à peu près également éloignée de Londres et de Birmingham. Il entra jeune dans les bureaux du ministère de la guerre, où ses talents ne tardèrent point à être appréciés. Honneur inappréciable pour un débutant, il fut chargé de la rédaction du nouveau règlement de l’armée anglaise.
Mais pendant un séjour fait en Suisse et à Paris, où il avait suivi pendant quelques mois les cours de la Sorbonne comme auditeur libre, M. Norman Lockyer avait contracté le goût des études astronomiques.
Ses succès administratifs n’avaient plus de charme à ses yeux. C’est seulement en 1858, après son mariage avec Mde Vinifrede James, qu’il résolut de construire un petit observatoire privé dans sa maison. En 1860, il publiait un traité d’astronomie qui a eu un grand nombre d’éditions. Peu après, il adressait à la Société royale de Londres des observations qui prouvaient que la planète Mars possède des nuages et, par conséquent, que l’eau y est à l’état de vapeur. Il démontra ensuite l’existence de courants descendants dans les taches solaires. Enfin, en 1866, il publiait l’annonce de la méthode qui devait l’immortaliser, ainsi que M. Janssens. Depuis lors, il s’est adonné plus particulièrement à l’analyse spectrale. Il a été envoyé par le gouvernement britannique en Sicile et dans l’Inde, pour observer les grandes éclipses totales de 1870 et de 1871.
A son retour, il a été nommé secrétaire de la grande commission royale pour la réorganisation de l’instruction supérieure. C’est en cette qualité, et chargé d’une mission spéciale du gouvernement britannique, qu’il est venu à Paris, où son séjour a été de très-courte durée.
Il s’occupe actuellement de dresser une carte du spectre solaire, et ses méthodes spectrales sont étudiées par la Monnaie de Londres pour obtenir instantanément, par une simple lecture, l’analyse quantitative des alliages métalliques.
Des opérations longues et coûteuses se trouvent supprimées par un procédé, qui est à la chimie ordinaire ce que le chemin de fer est à la patache de nos anciens rouliers.
Une circonstance singulière permettra de juger de son originalité et de sa modestie. Malgré la multiplicité de ses occupations officielles, M. Norman Lockyer tint à assister à une séance de l’Académie des science. Mais comme il négligea de sa faire connaitre, ni M. Dumas, ni M. Leverrier, qui s’apprêtaient à lui souhaiter la bienvenue, ne s’aperçurent que leur nouveau collègue était dans la sale. Moi-même, qui étais assis près de lui, je crus qu’il n’avait pu venir à l’Académie, comme il m’avait dit la veille qu’il le ferait.

W. de Fonvielle

Le monde illustré, A. 18, n. 911

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